Promenade au cœur des forêts charentaises : un patrimoine vivant à sauvegarder

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La Charente, écrin de forêts à explorer

La Charente, souvent associée à ses vignobles et à son fleuve, recèle un autre trésor : ses forêts. Loin d’être un simple décor, elles sont un patrimoine vivant, un écosystème complexe et précieux qui façonne nos paysages, abrite une biodiversité remarquable, et joue un rôle crucial dans la régulation du climat et la qualité de notre environnement. Des vastes massifs de l’Est Charente aux boisements plus intimes du Sud, la Charente verte se dévoile aux promeneurs curieux, offrant une immersion ressourçante au cœur de la nature.

Cet article invite à une promenade immersive dans les forêts charentaises. Il explore la diversité de ces milieux, leur richesse écologique, les activités qu’elles permettent, et les enjeux liés à leur gestion durable. J’avais ensuite à cœur de mettre une lumière particulière sur certains de nos massifs emblématiques, en offrant des détails précis et des exemples concrets de leur richesse et de leur gestion. Ces espaces boisés sont bien plus que de simples arbres : ils sont le poumon vert de notre département, un héritage à préserver pour les générations futures.

Arbres dans la forêt, Pixabay

I. Diversité des forêts charentaises : un panorama boisé

La Charente présente une mosaïque de forêts, influencée par la géologie, le climat et l’histoire.

Forêts de feuillus : chênes et autres arbres

Les forêts de feuillus dominent largement en Charente, représentant environ 85% de la surface boisée du département. Elles sont principalement composées de :

  • Chêne pédonculé (Quercus robur) : L’essence la plus répandue, particulièrement adaptée aux sols frais et profonds, souvent limoneux et argileux, typiques des fonds de vallées et des plaines alluviales. Son bois, de grande qualité, est notamment prisé en tonnellerie pour le vieillissement du Cognac et en charpente.
  • Chêne sessile (Quercus petraea) : Moins exigeant en eau, il occupe les sols plus secs, drainants et parfois plus acides des plateaux.
  • Chêne pubescent (Quercus pubescens) : Caractéristique des coteaux calcaires et des zones plus chaudes et sèches, notamment au sud du département. C’est une espèce méditerranéenne qui marque la transition climatique.
  • Autres feuillus : Le charme (Carpinus betulus) souvent associé aux chênes, le châtaignier (Castanea sativa) présent sur les sols granitiques de la Charente Limousine, le hêtre (Fagus sylvatica) plus rare et localisé sur des stations fraîches, ainsi que l’érable champêtre, le frêne et le noyer. Ces essences contribuent à la diversité structurelle et biologique des peuplements.

Forêts de résineux : Une présence plus discrète mais croissante

Les forêts de résineux sont moins étendues, couvrant environ 15% de la surface boisée, mais leur importance est grandissante, notamment pour la production de bois d’œuvre.

  • Pin maritime (Pinus pinaster) : Principalement planté sur les sols sableux ou dégradés, souvent après la Seconde Guerre mondiale, pour la production de bois résineux. Il est présent surtout dans le sud et l’ouest du département, en lien avec les sols des Landes de Gascogne.
  • Pin sylvestre (Pinus sylvestris) : Moins courant, il se trouve sur des sols plus secs et acides.
  • Douglas (Pseudotsuga menziesii) : Des plantations récentes de cette espèce, originaire d’Amérique du Nord, se développent pour sa croissance rapide et son bois de qualité, contribuant à la diversification des peuplements.
Pomme de pin, Pixabay

II. Richesse écologique des forêts : un sanctuaire de biodiversité

Les forêts charentaises abritent une faune et une flore diversifiées, et jouent un rôle crucial dans l’équilibre écologique du territoire.

Une flore diversifiée

Au-delà des arbres, le sous-bois forestier est un écosystème à part entière.

  • Stratum herbacé : Au printemps, le sol se couvre d’une multitude de fleurs éphémères qui profitent de la lumière avant le déploiement complet des feuilles (jacinthes des bois, anémones sylvestres, primevères, muguet). Plus tard, fougères (fougère aigle, polypode) et mousses colonisent les sols.
  • Lianes et arbustes : Le lierre, le chèvrefeuille, la ronce, le houx apportent une complexité structurelle et des ressources alimentaires pour la faune.
  • Mycoflore : Des centaines d’espèces de champignons (cèpes, girolles, bolets, amanites) participent activement à la décomposition de la matière organique et aux symbioses avec les racines des arbres, essentielles à la santé de la forêt.

Une faune abondante et variée

Les forêts sont des habitats essentiels pour de nombreuses espèces animales.

  • Grands mammifères : Le chevreuil (Capreolus capreolus) est très commun, tout comme le sanglier (Sus scrofa). Le cerf élaphe (Cervus elaphus) est également présent dans les grands massifs.
  • Petits mammifères : Renards (Vulpes vulpes), blaireaux (Meles meles), fouines (Martes foina), martres (Martes martes), écureuils roux (Sciurus vulgaris), loirs (Glis glis) et de nombreuses espèces de rongeurs et musaraignes. Les forêts abritent également des populations importantes de chauves-souris, dont certaines espèces rares comme le grand rhinolophe, qui utilisent les cavités des vieux arbres ou les carrières souterraines comme gîtes.
  • Oiseaux : Une riche avifaune forestière inclut des espèces de pics (Pic vert, Pic épeiche), des mésanges (charbonnière, bleue), des rapaces diurnes (Buse variable, Épervier d’Europe) et nocturnes (Chouette hulotte, Hibou moyen-duc), ainsi que de nombreux passereaux chanteurs.
  • Insectes et arthropodes : Les forêts regorgent d’insectes, des coléoptères saproxyliques (associés au bois mort) aux papillons (tabac d’Espagne, flambé) et aux abeilles sauvages, tous indispensables à l’équilibre écologique.
  • Amphibiens et reptiles : Salamandres tachetées, tritons, grenouilles agiles, lézards des souches, couleuvres à collier et vipères aspic peuvent être rencontrés, particulièrement près des zones humides forestières.

Rôles écologiques essentiels

  • Production d’oxygène et absorption de CO2 : Les forêts sont des puits de carbone majeurs, contribuant à atténuer le réchauffement climatique.
  • Protection des sols : Le système racinaire des arbres et le couvert végétal limitent l’érosion éolienne et hydrique.
  • Régulation du cycle de l’eau : Les forêts influencent l’humidité atmosphérique, favorisent l’infiltration de l’eau dans les nappes phréatiques et régulent les débits des cours d’eau.
  • Habitat pour la faune : Elles offrent abri, nourriture et lieux de reproduction.
  • Corridors écologiques : Elles connectent différents milieux, permettant la circulation des espèces et le maintien de la diversité génétique.
Écureuil roux, Pixabay

III. Lumière sur les massifs forestiers emblématiques de Charente : études de cas

La Charente abrite plusieurs massifs forestiers d’importance majeure, chacun avec ses spécificités géologiques, écologiques et historiques.

1. La forêt domaniale de la Braconne : le poumon vert de l’agglomération d’Angoulême

  • Localisation et superficie : Située à l’est d’Angoulême, la Forêt de la Braconne est le plus grand massif forestier du département, s’étendant sur environ 4 000 hectares. Elle est majoritairement une forêt domaniale, gérée par l’Office National des Forêts (ONF).
  • Géologie et sols : La Braconne repose principalement sur des calcaires du Crétacé (Turonien), souvent recouverts par des altérites et des argiles à silex. Cela donne des sols variés, des sols bruns calcaires aux sols plus argileux. Le sous-sol est marqué par un important réseau karstique, avec de nombreuses cavités naturelles (dolines, grottes) et artificielles (anciennes carrières de pierre), dont le célèbre « Trou de la Braconne », un réseau souterrain exploré par les spéléologues.
  • Essences dominantes : C’est une forêt de production dominée par les chênes pédonculé et sessile (environ 80% des essences), complétés par le charme, le merisier, le frêne et quelques résineux (pins sylvestre et maritime, Douglas). L’ONF y pratique une sylviculture dynamique pour la production de bois d’œuvre de qualité, tout en veillant à la diversité des peuplements.
  • Biodiversité remarquable : La présence de vieux arbres, de bois mort et les zones karstiques confèrent à la Braconne une biodiversité précieuse. Elle est un site majeur pour les chauves-souris qui hibernent en grand nombre dans ses carrières souterraines. On y trouve également des populations importantes de cervidés (chevreuils, cerfs) et de sangliers, ainsi qu’une avifaune forestière riche et diversifiée.
  • Histoire et patrimoine : La forêt fut historiquement un lieu de refuge et de production. Elle abrite encore des vestiges de son passé, tels que des bornes forestières, des murs de pierre, et des traces d’anciennes activités humaines. Elle a également servi de terrain d’entraînement militaire par le passé.
  • Activités et aménagements : La Braconne est très prisée pour les loisirs de pleine nature, bénéficiant de nombreux aménagements.
    • Randonnée pédestre : Un vaste réseau de pistes forestières et de sentiers balisés (dont des sections du GR® 4) permet de longues balades et la découverte de ses curiosités géologiques.
    • VTT et équitation : Des parcours spécifiques sont aménagés pour ces activités, offrant des itinéraires variés.
    • Aires de pique-nique et parcours de santé : Des équipements sont mis à disposition pour les familles et les sportifs.
  • Gestion durable et défis : L’ONF gère la forêt selon les principes de la multi-fonctionnalité (production de bois, accueil du public, protection de la biodiversité). Les défis majeurs sont l’adaptation au changement climatique (risques d’incendie, stress hydrique des arbres), la gestion de la fréquentation humaine et la lutte contre les espèces invasives.
Champignons en forêt, Pixabay

2. La forêt de Horte : un massif aux confins du Périgord

  • Localisation et superficie : Située au sud-est d’Angoulême, la Forêt de Horte s’étend sur environ 5 000 hectares, partagés entre propriétés publiques (environ 1 500 ha gérés par l’ONF) et de très nombreuses propriétés privées. Elle fait partie du territoire de l’ancien comté d’Horte et est en bordure du Parc Naturel Régional Périgord-Limousin, partageant certaines de ses caractéristiques géologiques et écologiques.
  • Géologie et sols : La forêt de Horte est un massif vallonné, reposant sur des substrats géologiques variés : des calcaires du Crétacé, mais aussi des formations plus argileuses et siliceuses (sables et argiles du Sidérolithique), ce qui explique sa grande diversité de sols et d’essences. Le relief est plus marqué que celui de la Braconne, offrant des points de vue sur les vallées environnantes.
  • Essences dominantes : C’est une forêt mixte et hétérogène. On y trouve une dominance de chênes sessiles et pédonculés, mais aussi une présence significative de châtaigniers (particulièrement sur les sols acides hérités du Massif Central) et de plantations de résineux (pins maritimes, Douglas). Cette mixité contribue à sa résilience écologique.
  • Biodiversité remarquable : Sa diversité de milieux (forêts denses, lisières, clairières, zones humides associées) favorise une riche biodiversité. La forêt de Horte est un lieu d’observation pour les grands mammifères (cerfs, chevreuils, sangliers) et pour de nombreux oiseaux, dont des rapaces. Ses zones humides abritent des amphibiens et insectes spécifiques.
  • Histoire et patrimoine : La forêt recèle des traces d’une occupation humaine très ancienne, notamment des dolmens et mégalithes (ex: Dolmen de la Coudre à Dignac et le Palet de Gargantua), témoins de pratiques préhistoriques. Elle a également été marquée par des activités traditionnelles comme la carbonisation du bois.
  • Activités et aménagements : La Forêt de Horte est appréciée pour son caractère plus sauvage et ses reliefs.
    • Randonnée pédestre : De nombreux sentiers balisés permettent des boucles variées, avec des dénivelés plus importants que dans la Braconne.
    • VTT et équitation : Les chemins forestiers sont bien adaptés à ces pratiques sportives.
    • Cueillette : C’est un lieu privilégié pour la cueillette de châtaignes et de certains champignons en saison.
  • Gestion durable et défis : La gestion est complexe en raison de la multiplicité des propriétaires privés. L’ONF gère la partie domaniale, mais le CRPF (Centre Régional de la Propriété Forestière) joue un rôle crucial dans le conseil aux particuliers. Les enjeux principaux sont la gestion de la faune sauvage (équilibre forêt-gibier), la prévention des incendies et l’adaptation des peuplements au changement climatique.
Feuilles d’automne, Pixabay

3. La forêt de la Double : une mosaïque d’eaux et de bois entre Charente, Dordogne et Gironde

  • Localisation et superficie : La Forêt de la Double est un vaste ensemble forestier trans-départemental, s’étendant sur plus de 55 000 hectares principalement en Dordogne, mais aussi sur une partie sud de la Charente (la Double Saintongeaise) et le nord-est de la Gironde. Elle est délimitée par les rivières Dronne, Rizonne et Isle. En Charente, elle couvre notamment des communes de la Haute-Saintonge (comme Montendre, Touvérac, Boisbreteau). La partie charentaise comprend la petite Forêt Domaniale de la Grolle (105 ha).
  • Géologie et sols : La Double est caractérisée par des sols principalement argilo-siliceux, souvent podzoliques, reposant sur des substrats tertiaires. Historiquement, ces sols lourds et imperméables ont conduit à une stagnation des eaux et des zones marécageuses, propices aux maladies. Pour assainir la forêt dès le Moyen Âge, et plus intensément aux XVIIe-XVIIIe siècles, les moines ont développé un réseau complexe de plus d’une centaine d’étangs et de canaux, créant un paysage unique et très humide.
  • Essences dominantes : Initialement dominée par les chênes, la Forêt de la Double a vu sa composition évoluer au fil des siècles. Les coupes abusives pour la marine royale et la production de charbon de bois ont conduit à un déboisement important. Aujourd’hui, elle est un mélange de pins maritimes (largement plantés pour le reboisement et la production de bois), de chênes (pédonculé, sessile, pubescent), de châtaigniers, d’aulnes et de frênes (dans les zones humides), de bouleaux et de bruyères dans les landes.
  • Biodiversité remarquable et spécificités écologiques : L’omniprésence des étangs et des zones humides confère à la Double une biodiversité aquatique exceptionnelle. C’est un refuge majeur pour des espèces menacées et emblématiques, notamment la Tortue Cistude d’Europe (Emys orbicularis), un reptile aquatique rare et protégé. Les étangs sont également des haltes importantes pour de nombreux oiseaux migrateurs (oiseaux d’eau, échassiers) et abritent une avifaune nicheuse diversifiée (grèbes, hérons, canards). Certaines zones sont classées Natura 2000 (ex: site FR5400422 « Landes de Touvérac-Saint-Vallier » en Charente, qui associe landes calcifuges, tourbières et étangs), attestant de leur intérêt écologique européen.
  • Histoire et patrimoine : La Double a une histoire riche et mouvementée. Anciennement appelée « Sylva Edobola », elle fut longtemps un lieu de légendes, réputée impénétrable, repaire de brigands et de bêtes sauvages. Son assainissement par les moines a transformé un « enfer » en un « beau et fertile pays ». Elle a également été un point de passage sur le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle et le lieu de foires historiques, telle la Foire de La Latière à Saint-Aulaye.
  • Activités et aménagements : La Forêt de la Double est aujourd’hui un territoire prisé pour les loisirs de nature et l’écotourisme.
    • Randonnée et VTT : Plus de 100 kilomètres de chemins sont balisés, offrant de nombreuses possibilités de découvertes à pied ou à vélo. Des topoguides sont disponibles.
    • Loisirs nautiques et baignade : Le Grand Étang de La Jemaye (en Dordogne) est un lieu privilégié pour la baignade surveillée et les activités familiales en saison. De nombreux autres étangs sont propices à la pêche ou à l’observation de la nature.
    • Sentiers d’interprétation : Des parcours thématiques sont aménagés pour comprendre l’histoire et l’écologie de la forêt.
  • Gestion et défis : Principalement privée, la gestion de la Forêt de la Double est complexe. Les enjeux actuels portent sur la conciliation de l’exploitation forestière (notamment les coupes rases pour le pin maritime) avec la préservation de la biodiversité exceptionnelle liée à ses zones humides. Des initiatives citoyennes émergent, telles que le Groupement Forestier Citoyen Écologique « Les Feuillus de la Double », qui œuvrent pour une gestion plus durable et respectueuse des écosystèmes forestiers, cherchant à démontrer comment concilier bien privé et patrimoine commun face aux pressions d’intensification sylvicole.
Arbres d’automne, Pixabay

IV. Activités en forêt : entre loisirs et développement durable

Les forêts charentaises offrent un large éventail d’activités, qu’il s’agisse de loisirs ou d’exploitation économique, dans le cadre d’une gestion durable.

Randonnées et promenades

De nombreux sentiers balisés permettent de découvrir les forêts à pied, à VTT ou à cheval. La Fédération Française de Randonnée Pédestre (FFRandonnée) et le Comité Départemental de la Randonnée Pédestre (CDRP de la Charente) sont les garants de l’entretien et du balisage des itinéraires.

  • Sentiers de Grande Randonnée (GR®) : Le GR® 4 et le GR® 655 (Chemin de Saint-Jacques de Compostelle – Voie de Tours) traversent des sections forestières significatives en Charente, offrant une immersion profonde sur plusieurs jours.
  • Sentiers de Petite Randonnée (PR) : Des centaines de kilomètres de PR, souvent sous forme de boucles, sont accessibles depuis les villages forestiers. Ces itinéraires, souvent thématiques (nature, patrimoine bâti), sont idéaux pour des sorties à la journée ou à la demi-journée.

Autres loisirs de pleine nature

  • VTT et équitation : De nombreuses allées forestières sont partagées avec les cavaliers et les cyclistes. Des itinéraires dédiés existent dans les massifs principaux.
  • Cueillette : La cueillette de champignons (cèpes, girolles, chanterelles, pieds-de-mouton) est une activité populaire en automne, à condition de respecter les règles locales (quantités, propriétés privées). La cueillette de châtaignes est également très appréciée dans les zones de châtaigneraies (présents essentiellement dans le Montmorélien _ sud-est Charente).
  • Activités de découverte : Sylvothérapie (bains de forêt), ornithologie, photographie nature sont autant de manières de se connecter à l’environnement forestier.

Chasse et gestion de la faune sauvage

  • La chasse est une activité réglementée en Charente, qui joue un rôle dans la gestion des populations de gibier (sangliers, chevreuils) et contribue à l’équilibre sylvo-cynégétique (relation forêt-faune). Les Fédérations Départementales des Chasseurs gèrent les plans de chasse et la formation des chasseurs.

Exploitation forestière

  • Production de bois : La forêt charentaise est une source importante de bois pour l’industrie (bois d’œuvre, déroulage, trituration) et pour l’énergie (bois de chauffage, granulés). Les chênes de Charente sont particulièrement recherchés pour la tonnellerie de Cognac.
  • Sylviculture : La gestion des forêts est assurée par l’ONF pour les forêts domaniales et par des experts et coopératives forestières pour les propriétés privées. Elle inclut la coupe sélective, le reboisement, le désherbage, l’éclaircie et l’élagage, dans le but d’améliorer la qualité des peuplements et de renouveler la ressource.
Cyclistes en forêt, Pixabay

V. Gestion durable des forêts charentaises : un enjeu crucial

La préservation des forêts charentaises passe par une gestion qui concilie les différents usages et garantit leur pérennité face aux défis contemporains.

Principes de la gestion durable

La gestion durable des forêts vise à maintenir leurs fonctions écologiques, économiques et sociales sur le long terme.

  • Diversité des essences : Favoriser des peuplements mélangés et diversifiés (mélange feuillus/résineux, mélange d’essences de feuillus) pour une meilleure résilience face aux maladies, ravageurs et aux aléas climatiques (sécheresses, tempêtes).
  • Renouvellement naturel et plantations : Encourager la régénération naturelle lorsque c’est possible, et réaliser des plantations adaptées aux stations et au climat futur.
  • Préservation de la biodiversité : Maintenir des îlots de vieux bois, des arbres morts sur pied ou au sol (bois mort), des zones humides forestières, et des lisières diversifiées pour offrir des habitats à la faune et à la flore. Le concept d’Arbres Habitats est de plus en plus intégré.
  • Certification forestière : Les labels PEFC (Pan European Forest Certification) et FSC (Forest Stewardship Council) sont des outils qui garantissent aux consommateurs que le bois provient de forêts gérées durablement, selon des critères environnementaux, sociaux et économiques stricts. De nombreuses forêts charentaises sont certifiées.

Acteurs de la gestion forestière

  • Office National des Forêts (ONF) : Acteur public majeur, il gère les forêts domaniales et certaines forêts des collectivités selon un document d’aménagement validé pour 15 à 20 ans. Il intègre de plus en plus les enjeux climatiques et de biodiversité dans sa stratégie.
  • Propriétaires forestiers privés : La majorité des forêts charentaises (environ 75%) appartiennent à des propriétaires privés, souvent de petites parcelles.
  • Centre Régional de la Propriété Forestière (CRPF Nouvelle-Aquitaine) : Établissement public qui conseille et accompagne les propriétaires privés dans la gestion durable de leurs forêts, notamment pour l’élaboration de leurs Documents de Gestion Durable (plans simples de gestion).
  • Organisations de producteurs et coopératives forestières : Elles regroupent les propriétaires pour mutualiser les moyens et valoriser la production de bois.

Défis et perspectives pour les forêts charentaises

  • Changement climatique : C’est le défi majeur. Les forêts subissent déjà des épisodes de stress hydrique plus fréquents, des tempêtes plus intenses et des risques accrus d’incendie (bien que la Charente soit moins exposée que le sud-ouest, la vigilance est de mise). L’adaptation des essences, la diversification des peuplements et la gestion de l’eau sont des priorités.
  • Maladies et ravageurs : La recrudescence de certains parasites (comme la chenille processionnaire du chêne ou les scolytes sur résineux) est liée au stress des arbres et nécessite une surveillance constante.
  • Fragmentation des forêts : L’urbanisation et les infrastructures routières peuvent fragmenter les massifs, réduisant la connectivité des habitats.
  • Valorisation du bois local et circuits courts : Développer l’utilisation du bois charentais dans la construction et l’énergie, en favorisant les filières locales et les scieries du territoire.
  • Sensibilisation du public : Éduquer les visiteurs et les habitants sur les bonnes pratiques en forêt (prévention des incendies, respect de la faune, gestion des déchets) et sur l’importance de la forêt pour l’environnement et l’économie.
Champignon cèpe, Pixabay

Pour résumer : Les forêts charentaises, un patrimoine à chérir et à protéger

Les forêts charentaises sont bien plus qu’un simple décor ; elles sont un patrimoine vivant, une source de biodiversité, un régulateur du climat, et un espace de loisirs et d’activités économiques. Des majestueuses chênaies de la Braconne aux massifs mixtes de Horte, en passant par les paysages uniques de la Forêt de la Double avec ses étangs emblématiques, chaque forêt raconte une histoire et abrite une richesse inestimable. Leur gestion durable est un enjeu majeur pour l’avenir d’une belle Charente verte.

En les explorant avec respect, en soutenant les initiatives de préservation des acteurs tels que l’ONF, le CRPF ou les associations de protection de la nature, et en valorisant leurs ressources de manière responsable, nous pouvons garantir que ces forêts continuent de nous offrir leurs bienfaits essentiels pour les générations futures. Elles sont le reflet d’une Charente verte qui s’engage pour son patrimoine naturel et pour une relation harmonieuse entre l’homme et la forêt.

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