De la poubelle à la ressource, un changement de paradigme en Charente
Dans nos sociétés modernes, la gestion des déchets est devenue un enjeu environnemental et économique de premier plan. Ce qui était autrefois simplement « jeté » est aujourd’hui de plus en plus perçu comme une ressource à valoriser. En Charente, comme ailleurs, la croissance de la population, l’évolution de nos modes de consommation et l’urgence climatique nous confrontent à la nécessité impérieuse de repenser notre rapport aux déchets. Loin d’être une simple contrainte logistique, la gestion des déchets est une opportunité de créer de la valeur, de réduire notre empreinte écologique et de renforcer la résilience de notre territoire.
Cet article invite à explorer le défi des déchets en Charente. Nous examinerons la nature de nos déchets, les pressions qu’ils exercent sur l’environnement, les principes d’une économie circulaire et, surtout, les solutions innovantes et les initiatives concrètes mises en œuvre par les collectivités, les entreprises et les citoyens pour réduire, réutiliser et valoriser nos détritus. Relever le défi des déchets, c’est construire activement une Charente verte qui s’engage pour une gestion plus responsable de ses ressources et un avenir plus durable.

I. La diversité des déchets charentais : un flux hétérogène à maîtriser
Les déchets produits en Charente sont aussi variés que nos activités quotidiennes. Comprendre leur nature est la première étape pour une gestion efficace.
Les Déchets Ménagers et Assimilés (DMA)
Ce sont les déchets produits par les ménages et les activités économiques (commerces, artisans, services) assimilables aux ordures ménagères. Ils constituent la majeure partie des déchets collectés et se composent de :
- Ordures ménagères résiduelles (OMR) : Ce qui reste après le tri, destiné à l’incinération ou à l’enfouissement.
- Déchets recyclables : Emballages (plastique, carton, métal), papiers, verre. Le Syndicat Mixte de Collecte et de Traitement des Ordures Ménagères (SMCTOM) de la Charente et ses intercommunalités gèrent la collecte sélective.
- Déchets organiques : Déchets alimentaires, restes de jardin. Ces déchets, s’ils ne sont pas compostés localement, finissent souvent dans les OMR alors qu’ils sont une ressource précieuse.
- Déchets encombrants : Mobilier, gros électroménager, collectés en déchèteries.
Les Déchets d’Activités Économiques (DAE)
Produits par les industries, les entreprises artisanales, le BTP, et l’agriculture. Ils sont très diversifiés et nécessitent des filières de traitement spécifiques :
- Déchets industriels banals (DIB) : Similaires aux DAE mais en grande quantité.
- Déchets dangereux : Solvants, huiles, produits chimiques, etc., dont la gestion est très encadrée.
- Déchets inertes : Gravats, terre, issus des chantiers du BTP. La Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) de la Charente et la Chambre de Métiers et de l’Artisanat (CMA) sensibilisent leurs adhérents à la bonne gestion de ces déchets.
- Déchets agricoles : Films plastiques d’ensilage, bâches, pneus, effluents d’élevage. Des initiatives spécifiques comme A.D.I.V.A. (Association pour le Développement des Initiatives en Viticulture et en Agriculture) en Charente visent à mieux gérer les déchets de la filière viticole.
Les déchets spécifiques
- Déchets dangereux des ménages (DDM) : Peintures, batteries, produits d’entretien, collectés en déchèteries spécifiques.
- Déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) : Téléphones, ordinateurs, gros électroménager, gérés par des éco-organismes.
- Déchets médicaux : Collectés de manière spécifique.

II. Les enjeux du défi des déchets en Charente : pressions et opportunités
La gestion des déchets représente un défi majeur pour l’environnement, l’économie et la société charentaise, mais aussi une formidable opportunité.
Pressions environnementales : l’urgence d’agir
- Pollution des sols et des eaux : L’enfouissement des déchets non traités (mise en décharge) peut entraîner la production de lixiviats (jus de déchets) toxiques qui contaminent les sols et les nappes phréatiques, particulièrement vulnérables en Charente en raison de ses sols calcaires.
- Émissions de gaz à effet de serre : La décomposition des déchets organiques en décharge produit du méthane, un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le CO2. L’incinération, si elle génère de l’énergie, émet également du CO2 et d’autres polluants si elle n’est pas bien contrôlée.
- Perte de ressources : Chaque déchet non valorisé est une ressource perdue (matières premières, énergie). Il faut alors extraire de nouvelles ressources, ce qui entraîne une pression supplémentaire sur l’environnement.
- Impacts paysagers et sanitaires : Les dépôts sauvages, malheureusement encore présents, dégradent nos paysages ruraux et peuvent présenter des risques sanitaires.
Opportunités : vers une économie circulaire locale
Le défi des déchets est aussi une occasion unique de développer une économie circulaire en Charente, c’est-à-dire un modèle économique qui vise à limiter le gaspillage des ressources en favorisant le réemploi, la réutilisation, le recyclage et la valorisation des déchets.
- Création d’emplois locaux : Les filières de collecte, de tri, de recyclage, de réparation et de réemploi génèrent des emplois non délocalisables en Charente.
- Réduction de la dépendance aux matières premières : En recyclant, nous diminuons le besoin d’importer ou d’extraire de nouvelles ressources.
- Production d’énergie : La valorisation énergétique des déchets (incinération avec récupération de chaleur) ou la méthanisation des biodéchets peuvent contribuer à la production d’énergie locale.
- Innovation et développement de nouvelles filières : La recherche de solutions pour des déchets complexes stimule l’innovation et l’émergence de nouvelles entreprises sur le territoire.

III. Les piliers d’une gestion durable des déchets en Charente : de la prévention au recyclage
La Charente s’inscrit pleinement dans la hiérarchie des modes de traitement des déchets : prévenir, réutiliser, recycler, valoriser, et en dernier recours, éliminer.
Prévention et réduction à la source : le zéro déchet en ligne de mire
La meilleure façon de gérer un déchet est de ne pas le produire.
- Compostage et lombricompostage : Des initiatives locales, souvent portées par des associations ou les intercommunalités, encouragent les Charentais à composter leurs biodéchets. Le SMCTOM distribue des composteurs et organise des formations. Cela réduit considérablement le poids de la poubelle grise (jusqu’à 30% !) et produit un amendement riche pour les jardins.
- Lutte contre le gaspillage alimentaire : Sensibilisation des ménages, des restaurateurs et des grandes surfaces (supermarchés) à réduire le gaspillage. Des partenariats entre associations caritatives et commerces locaux permettent de récupérer les invendus.
- Achats responsables : Promotion du vrac, des produits sans emballage, des produits réutilisables (sacs, gourdes). Le Conseil Départemental de la Charente met en avant des bonnes pratiques dans ses communications.
Réemploi et réparation : donner une seconde vie aux objets
Avant de jeter, réparer ou réutiliser.
- Ressourceries et Recycleries : La Charente compte plusieurs structures de l’économie sociale et solidaire, comme la Boutique Calitom à Poullignac, qui collectent, trient, réparent et revendent à bas prix des objets du quotidien (meubles, électroménager, vêtements, jouets). Ces lieux créent de l’emploi et favorisent l’insertion.
- Ateliers de réparation (Repair Cafés) : Des événements réguliers, souvent organisés par des associations locales, permettent aux citoyens d’apprendre à réparer leurs objets défectueux avec l’aide de bénévoles.
- Dons et échanges : Des plateformes locales et des associations encouragent le don d’objets encore utilisables.
Collecte et tri : le geste citoyen essentiel
Le tri sélectif est la pierre angulaire du recyclage.
- Développement des points d’apport volontaire et des déchèteries : Le réseau de déchèteries est essentiel pour collecter les déchets spécifiques et dangereux. Les déchèteries charentaises ont vu leurs flux augmenter, signe d’une meilleure prise de conscience.
- Extension des consignes de tri : De plus en plus d’emballages plastiques sont désormais acceptés dans la poubelle jaune, simplifiant le geste de tri pour les habitants de la Charente.
- Collecte spécifique des biodéchets : L’obligation de tri à la source des biodéchets à partir de janvier 2024 pousse les collectivités charentaises à mettre en place des solutions (compostage de proximité, collecte en porte-à-porte pour le compostage industriel ou la méthanisation).
Valorisation matière (recyclage) et énergétique
Une fois collectés et triés, les déchets sont transformés.
- Centres de tri : En Charente, les flux sont acheminés vers des centres de tri qui séparent les matériaux par catégorie (plastique, carton, verre, métal) pour les envoyer vers les filières de recyclage.
- Filières de recyclage : Le verre est transformé en nouvelles bouteilles, le papier en carton, les plastiques en granulés pour de nouveaux objets. La valorisation des déchets du BTP (gravats concassés) est également en plein développement pour la construction ou le remblaiement.
- Valorisation énergétique : Les déchets non recyclables peuvent être incinérés dans des unités de valorisation énergétique, comme l’Unité de Valorisation Énergétique (UVE) de Châteaubernard près de Cognac, qui produit de l’électricité et/ou de la chaleur. Les boues de stations d’épuration ou les déchets verts sont également valorisés.
Élimination : le dernier recours
L’élimination (mise en décharge) est désormais le dernier recours, pour les déchets qui ne peuvent pas être traités autrement. Les Centres de Stockage des Déchets Non Dangereux (CSDND) sont strictement réglementés pour limiter leur impact.

IV. La Charente, territoire pionnier : des initiatives locales inspirantes
De nombreux exemples concrets illustrent l’engagement de la Charente dans la transition vers une meilleure gestion des déchets.
- Le programme J’agis pour réduire de Calitom : Ce comité a mis en place des actions ambitieuses de sensibilisation et prévention avec des objectifs clairs de réduction des déchets ménagers.
- La Ressourcerie Calitom : Un modèle d’économie circulaire qui redonne vie aux objets et crée du lien social, en partenariat avec les déchèteries locales.
- Des projets de compostage de proximité : De nombreuses communes et intercommunalités charentaises (ex: Grand Angoulême, Grand Cognac) encouragent et accompagnent le compostage collectif en pied d’immeuble ou dans les quartiers.
- Des initiatives dans la filière viticole : Le BNIC et les viticulteurs ont développé des filières pour le recyclage des pots de plastiques des pépinières viticoles, des bouchons de liège, ou la valorisation des marcs de raisin (distillation, compostage).
- Actions de sensibilisation de Charente Nature et des établissements scolaires : Des interventions et des projets pédagogiques sont régulièrement menés dans les écoles et collèges du département pour éduquer les jeunes générations au tri, à la réduction et à la valorisation des déchets.

Pour résumer : Le défi des déchets, un moteur pour l’avenir de la Charente
Le défi des déchets en Charente n’est pas une fatalité, mais une formidable opportunité de repenser nos modes de vie et de consommation. Il exige une mobilisation collective : des collectivités qui investissent dans les infrastructures et la sensibilisation, des entreprises qui innovent dans le recyclage et l’économie circulaire, et des citoyens qui adoptent des gestes quotidiens plus responsables.
En passant d’une logique linéaire (produire, consommer, jeter) à une logique circulaire (produire, consommer, réutiliser, recycler), la Charente peut non seulement réduire son empreinte environnementale, mais aussi créer de la valeur ajoutée locale, de l’emploi et renforcer son attractivité. C’est en faisant de chaque déchet une ressource que la Charente construira activement une Charente verte qui se distingue par son engagement pour un développement durable et une gestion exemplaire de ses ressources.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.