Changements Climatiques en Charente : Anticiper, Adapter, Agir pour un Territoire Résilient

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La Charente face au défi du siècle

La Charente, avec son climat tempéré océanique, ses riches terres agricoles, son fleuve éponyme et son patrimoine bâti, est un territoire qui semble, à première vue, résilient. Pourtant, comme toutes les régions du globe, elle n’est pas épargnée par les effets déjà visibles et futurs du changement climatique. Augmentation des températures, épisodes de sécheresse et de canicule plus fréquents et intenses, modification des régimes de pluie, intensification de certains aléas… La réalité climatique de demain ne sera plus celle d’hier. Anticiper ces transformations et mettre en œuvre des stratégies d’adaptation est devenu une priorité absolue pour garantir la pérennité de nos activités, la qualité de notre environnement et le bien-être de nos habitants.

Cet article invite à comprendre les impacts du changement climatique en Charente et les voies de l’adaptation. Il explore les manifestations concrètes de ces changements, les secteurs d’activités et les ressources les plus vulnérables, ainsi que les stratégies et les actions déjà engagées ou à renforcer pour construire une Charente verte plus résiliente, capable de faire face aux défis climatiques et d’en tirer des opportunités pour un développement durable.

I. Les manifestations du changement climatique en Charente : une réalité qui s’accélère

Les données locales et les projections scientifiques confirment une évolution significative du climat charentais, déjà perceptible par les habitants.

Hausse des températures et vagues de chaleur

  • Réchauffement constaté : En Charente, la température moyenne annuelle a augmenté d’environ +2°C en 50 ans (selon la Chambre d’Agriculture de Charente), avec une accélération notable ces dernières décennies. Le nombre de jours chauds (> 25°C) a doublé depuis 1970, et le nombre de jours froids (= 0°C ou moins) a été divisé par deux.
  • Canicules plus fréquentes et intenses : Les épisodes de canicule, comme ceux de 2003, 2018, 2022 ou 2024 (dates hypothétiques pour l’illustration), deviennent plus intenses et plus longs, affectant la santé humaine, l’agriculture et les écosystèmes.
  • Nuits tropicales : L’augmentation des températures nocturnes (nuits tropicales où la température ne descend pas en dessous de 20°C) empêche un rafraîchissement suffisant, accentuant l’inconfort et les risques sanitaires.

Évolution du régime des précipitations et stress hydrique

  • Stabilité des cumuls annuels mais répartition modifiée : Jusqu’à présent, les cumuls annuels de pluie en Charente sont restés relativement stables depuis 1960. Cependant, la répartition saisonnière des précipitations évolue : des printemps plus secs, des pluies plus intenses et orageuses en été, et des périodes de sécheresse prolongées.
  • Baisse des niveaux d’eau : Les épisodes de sécheresse entraînent une diminution significative des débits des cours d’eau (notamment le fleuve Charente et ses affluents) et un abaissement des niveaux des nappes phréatiques, qui sont pourtant essentielles à l’alimentation en eau potable et au soutien des étiages. Le Plan de Gestion de la Ressource en Eau (PGRE) et l’étude Charente 2050 de l’EPTB Charente (Établissement Public Territorial de Bassin) mettent en lumière ces défis.
  • Retrait-gonflement des argiles : Les alternances de sécheresse et de fortes pluies accentuent le phénomène de retrait-gonflement des sols argileux, endommageant les infrastructures et les habitations (fissures, tassements).

Intensification des événements extrêmes

  • Crues éclair et inondations : Malgré des étés plus secs, l’intensification des épisodes pluvieux peut provoquer des crues éclair et des inondations locales, notamment en milieu urbain où les sols sont artificialisés. La vallée de la Charente est historiquement sujette aux inondations.
  • Tempêtes et vents violents : Des événements venteux plus intenses peuvent causer des dégâts aux infrastructures, aux forêts et aux cultures.
  • Risque de feux de forêt : Des périodes de sécheresse prolongées et des températures élevées augmentent le risque d’incendies de forêt, même si la Charente n’est pas la région la plus exposée, elle doit rester vigilante, notamment dans ses massifs forestiers.

II. Les secteurs vulnérables en Charente : une nécessité d’anticipation

Le changement climatique impacte l’ensemble du territoire et de ses activités. Une analyse fine des vulnérabilités est nécessaire pour cibler les actions d’adaptation.

L’Agriculture et la viticulture : des stratégies vitales

Ce secteur, pilier de l’économie charentaise, est le plus directement exposé :

  • Stress hydrique pour les grandes cultures : Le maïs, le tournesol, fortement dépendants de l’eau en été, subissent des baisses de rendement lors des épisodes de sécheresse. Cela intensifie les tensions autour des prélèvements pour l’irrigation.
  • Impact sur la vigne et le Cognac : La vigne, bien que plus résiliente, est affectée par les canicules (échaudage des grappes), les sécheresses (stress hydrique pouvant altérer la qualité du raisin), et les gels printaniers tardifs qui peuvent devenir plus destructeurs si la végétation démarre plus tôt. L’équilibre aromatique du Cognac est sensible aux conditions climatiques.
  • Émergence de nouveaux ravageurs/maladies : Le réchauffement peut favoriser l’apparition ou la prolifération de parasites exotiques ou de maladies.
  • Impact sur l’élevage : Le manque de fourrage en raison des sécheresses peut affecter l’alimentation du bétail.

La ressource en eau : au cœur de toutes les tensions

L’eau est la ressource la plus menacée et la plus stratégique :

  • Accès à l’eau potable : La diminution des niveaux des nappes et des débits des rivières peut compromettre l’alimentation en eau potable, nécessitant parfois des restrictions.
  • Milieux aquatiques : La hausse des températures de l’eau et la baisse des débits dégradent la qualité des milieux aquatiques, affectant la faune (poissons, amphibiens) et la flore.

Santé humaine et qualité de vie

  • Vagues de chaleur : Les épisodes de canicule sont une menace directe pour les populations vulnérables (personnes âgées, enfants, travailleurs en extérieur), avec des risques d’insolation et de déshydratation.
  • Qualité de l’air : Les fortes chaleurs favorisent la formation d’ozone et peuvent exacerber la pollution aux particules fines.
  • Impacts sur le tourisme : La diminution des débits du fleuve Charente peut affecter les activités nautiques et le tourisme fluvial.

Infrastructures et bâtiments

  • Retrait-gonflement des argiles : Les dommages aux habitations et aux infrastructures routières, causés par ce phénomène, entraînent des coûts de réparation considérables.
  • Viabilité des réseaux : Les infrastructures (routes, ponts, réseaux électriques) peuvent être mises à l’épreuve par des événements climatiques extrêmes.

III. Les stratégies d’adaptation en Charente : vers un territoire résilient et innovant

La Charente ne subit pas passivement le changement climatique. De nombreuses initiatives sont engagées à toutes les échelles pour s’adapter.

Gestion intégrée de l’eau : un pilier de l’adaptation

C’est l’axe stratégique majeur pour la Charente.

  • Plan Charente 2050 : L’EPTB Charente a piloté cette démarche prospective collaborative qui a abouti à un Plan d’Adaptation au Changement Climatique (PACC) autour de 9 axes stratégiques. L’objectif est d’assurer un équilibre entre les besoins en eau (potable, agricole, industriel) et la préservation des milieux aquatiques.
  • Optimisation des prélèvements : Mise en place de compteurs sur les prélèvements d’irrigation, outils d’aide à la décision pour mieux gérer l’eau à la parcelle, développement de techniques économes en eau (goutte-à-goutte).
  • Réalimentation des nappes et zones humides : Restauration des zones humides et des bassins versants pour qu’ils jouent leur rôle d’éponge naturelle et contribuent à la recharge des nappes.
  • Réutilisation des eaux usées traitées (REUT) : Étude de faisabilité pour la réutilisation des eaux traitées par les stations d’épuration pour des usages non potables (irrigation d’espaces verts, usages industriels).
  • Gestion des barrages et retenues : Optimisation de la gestion des lacs de Haute Charente (Lavaud, Mas Chaban) pour soutenir les débits du fleuve en été.

Adaptation de l’agriculture et de la viticulture

Les professionnels du monde agricole sont en première ligne de l’adaptation :

  • Diversification des cultures : Introduction de variétés plus résistantes à la sécheresse (sorgho, légumineuses) ou à cycle de culture plus court.
  • Pratiques agroécologiques : Développement de l’agroforesterie (plantations d’arbres dans les parcelles), enherbement des vignes pour limiter l’évaporation, travail du sol simplifié pour préserver son humidité. La Chambre d’Agriculture de la Charente et le BNIC accompagnent ces transitions.
  • Sélection variétale : Recherche de cépages plus résistants au stress hydrique et aux nouvelles conditions climatiques pour la vigne, tout en préservant la typicité du Cognac.
  • Protection physique : Développement de filets pare-grêle, de systèmes anti-gel (éoliennes, aspersion, bougies) pour protéger les cultures des événements extrêmes.

Aménagement du territoire et urbanisme durable

  • Urbanisme résilient : Intégration de la Trame Verte et Bleue (TVB) dans les documents d’urbanisme (SCoT, PLUi) pour créer des continuités écologiques et des îlots de fraîcheur en ville.
  • Végétalisation urbaine : Création de parcs, jardins, végétalisation des toits et façades pour réduire les îlots de chaleur urbains et favoriser l’infiltration de l’eau. Angoulême et Cognac développent activement ces projets.
  • Gestion alternative des eaux pluviales : Favoriser l’infiltration de l’eau de pluie à la parcelle (noues, jardins de pluie) pour recharger les nappes et limiter les ruissellements.
  • Construction et rénovation adaptées : Promotion de matériaux locaux et biosourcés, isolation performante, conception bioclimatique pour limiter les besoins en climatisation.

Sensibilisation et recherche

  • Programmes de recherche : La Nouvelle-Aquitaine, avec des acteurs comme AcclimaTerra, mène des études approfondies sur les impacts du changement climatique et les stratégies d’adaptation, dont bénéficie la Charente.
  • Sensibilisation du public : Le Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET) mis en place par les agglomérations (Grand Angoulême, Grand Cognac) et certaines communautés de communes (Val de Charente, CdC4b) inclut un volet adaptation et sensibilisation des habitants aux enjeux et aux gestes quotidiens (économies d’eau, végétalisation).
  • Vigilance et systèmes d’alerte : Renforcement des systèmes d’alerte (Météo France, services de l’État) pour anticiper les vagues de chaleur, les épisodes de sécheresse et les crues.

IV. La Charente, laboratoire d’innovation climatique : des projets concrets

La Charente est identifiée comme un laboratoire d’innovation pour l’adaptation au changement climatique par l’Agence de l’Eau Adour-Garonne, témoignant de son dynamisme.

  • Le démonstrateur « Charente 2050 » : Ce projet est devenu un site pilote pour tester, innover et expérimenter des solutions d’adaptation à l’échelle d’un bassin versant, avec une vision systémique de la question de l’eau.
  • Projets agroforestiers dans le vignoble : Des viticulteurs charentais expérimentent la plantation d’arbres au sein ou en bordure de leurs parcelles, créant des microclimats plus frais, protégeant la vigne du vent et favorisant la biodiversité.
  • Gestion des risques liés au retrait-gonflement des argiles : Le département engage des diagnostics géotechniques et des travaux de renforcement des fondations des bâtiments publics, tout en informant les propriétaires.
  • Développement des énergies renouvelables locales : La promotion de l’énergie solaire (photovoltaïque sur les toits des bâtiments agricoles et industriels), de la méthanisation (valorisation des effluents d’élevage), et de la petite hydroélectricité contribue à la transition énergétique et à la réduction des émissions.
  • Réflexion sur les infrastructures bleues et vertes : La collectivité départementale, en lien avec les intercommunalités, travaille à l’élaboration de plans d’aménagement intégrant des solutions fondées sur la nature (renaturation des cours d’eau, protection des zones humides) pour renforcer la résilience face aux inondations et aux sécheresses.

Pour résumer : La Charente face au climat, un avenir à bâtir collectivement

Le changement climatique n’est plus une menace lointaine, mais une réalité bien présente en Charente. Il nous force à repenser nos interactions avec notre environnement, à nous adapter avec ingéniosité et à agir collectivement. Loin d’être une fatalité, cette adaptation est une formidable opportunité de transformer notre territoire en un modèle de résilience et de durabilité.

En investissant dans une gestion plus durable de l’eau, en transformant nos pratiques agricoles, en développant un urbanisme vert et en mobilisant l’ensemble de la population, la Charente démontre sa capacité à anticiper et à innover. C’est en faisant preuve d’une vision à long terme et d’une collaboration sans faille que la Charente tracera la voie d’une Charente verte qui saura prospérer dans un climat en évolution, tout en préservant son patrimoine naturel et la qualité de vie de ses habitants.