Le fleuve Charente, artère vitale d’un territoire précieux
En Charente, l’eau n’est pas seulement une ressource ; elle est l’essence même de notre territoire, façonnant nos paysages, nourrissant nos sols, et soutenant une biodiversité foisonnante. Le fleuve Charente, qui traverse le département d’est en ouest, est bien plus qu’un cours d’eau ; c’est une artère vitale autour de laquelle se sont développées notre histoire, notre économie, et notre identité. Des sources karstiques aux marais estuariens, en passant par ses nombreux affluents et les vastes nappes souterraines, l’eau est omniprésente, mais aussi vulnérable face aux pressions anthropiques et au changement climatique.
Cet article invite à plonger au cœur des enjeux liés à l’eau en Charente. Nous explorerons les différentes facettes de cette ressource (eaux de surface, souterraines, zones humides), son rôle écologique et socio-économique crucial, les défis croissants liés à sa gestion et à sa préservation, ainsi que les initiatives concrètes mises en œuvre pour garantir sa qualité et sa disponibilité pour les générations futures. Comprendre l’eau, c’est s’engager résolument pour une Charente verte qui protège son bien le plus précieux.

I. Les multiples visages de l’eau en Charente : une ressource complexe et variée
Le système hydrologique charentais est d’une grande diversité, combinant des eaux de surface, des réserves souterraines et des zones humides spécifiques.
Le fleuve Charente et ses affluents : le cœur du réseau hydrographique
Le fleuve Charente, long de près de 360 km, prend sa source en Haute-Vienne et serpente à travers la Charente avant de se jeter dans l’Atlantique. Il est alimenté par de nombreux affluents, dont les principaux sont :
- Le Né : Au sud, drainant des zones agricoles et viticoles.
- La Seugne : Au sud-ouest, connue pour ses marais.
- La Boutonne : Au nord-ouest, avec des zones humides importantes.
- La Touvre : À l’est d’Angoulême, dont les Sources de la Touvre sont un phénomène karstique majeur (l’une des résurgences les plus importantes de France), alimentant le fleuve de façon significative et contribuant à l’alimentation en eau potable d’Angoulême.
Ces cours d’eau sont vitaux pour l’irrigation agricole (notamment pour le maïs et la vigne), l’alimentation en eau potable des villes et des villages, et les activités de loisirs (navigation, pêche, canoë-kayak). Le Syndicat Mixte du Bassin de la Charente (SMBC) joue un rôle central dans la gestion équilibrée de l’ensemble de ce bassin versant, veillant à la fois aux usages et à la préservation du milieu.
Les nappes souterraines : des réservoirs indispensables
Sous nos pieds, les nappes phréatiques constituent une réserve d’eau colossale, particulièrement dans les formations calcaires du Crétacé qui caractérisent la Charente. Ces eaux souterraines, naturellement filtrées par la roche, sont d’une importance capitale pour :
- L’alimentation en eau potable : La majorité de l’eau que nous consommons en Charente provient de ces nappes, captée via des forages. Les sources de la Touvre sont l’exemple le plus spectaculaire de cette interconnexion entre eaux de surface et souterraines.
- Le soutien des débits d’étiage des cours d’eau : En période sèche, ces nappes « soutiennent » les rivières, garantissant un débit minimal vital pour les écosystèmes aquatiques. La vulnérabilité de ces nappes à la pollution de surface (agricole, industrielle) est un enjeu majeur, nécessitant des contrôles réguliers de l’Agence Régionale de Santé (ARS).
Les zones humides : des écosystèmes remarquables
La Charente est également riche en zones humides, ces écosystèmes de transition entre terre et eau. Elles comprennent :
- Les marais intérieurs : Comme les Marais de la Seugne, de la Boutonne, ou les zones humides le long du fleuve Charente. Ces milieux sont des filtres naturels, des réservoirs de biodiversité et des régulateurs hydrologiques (amortissant les crues et soutenant les débits d’étiage).
- Les lacs et étangs : Les lacs de Haute Charente (Lavaud, Mas Chaban) sont des retenues artificielles d’eau douce, mais aussi des sites d’hivernage et de reproduction pour de nombreux oiseaux d’eau migrateurs. Ces zones humides, gérées par des acteurs comme le Conservatoire d’espaces naturels de Nouvelle-Aquitaine ou le Parc Naturel Régional Périgord-Limousin (pour une partie de la Charente), sont des « éponges » naturelles qui jouent un rôle crucial dans le cycle de l’eau.

II. L’eau, pilier de nos écosystèmes et de notre économie charentaise
La ressource en eau est intimement liée à l’équilibre écologique et au dynamisme économique du département.
Un réservoir de biodiversité exceptionnel
Les cours d’eau et les zones humides charentaises abritent une faune et une flore remarquables. On y trouve :
- Des poissons : L’anguille d’Europe, le brochet, le sandre, et de nombreuses espèces de cyprinidés. La qualité de l’eau est essentielle à leur survie.
- Des mammifères emblématiques : La Loutre d’Europe (Lutra lutra), dont le retour est un signe de l’amélioration de la qualité des rivières, et le Campagnol amphibie (Arvicola sapidus).
- Des oiseaux : Le Blongios nain, le Héron pourpré dans les roselières des marais, et bien sûr les milliers d’oiseaux migrateurs qui font escale sur nos lacs et zones humides.
- Des amphibiens et reptiles : La Cistude d’Europe (tortue aquatique protégée) dans les marais, et une grande diversité de grenouilles et tritons.
- Une flore aquatique et palustre spécifique (roseaux, iris des marais) qui contribue à la filtration et à l’oxygénation de l’eau. L’Office Français de la Biodiversité (OFB) et Charente Nature mènent des actions de suivi et de protection de ces espèces.
Un facteur clé de l’économie charentaise
L’eau est le moteur de plusieurs secteurs économiques majeurs en Charente :
- Agriculture : Essentielle pour l’irrigation des cultures (maïs, tournesol, légumineuses) et, de manière plus spécifique, pour la viticulture du Cognac, même si l’irrigation des vignes est limitée. L’équilibre hydrique des sols, influencé par la nappe phréatique, est crucial pour le développement de la vigne.
- Activités industrielles : Les industries, notamment celles liées à l’eau-de-vie (distilleries, industries de mise en bouteille), ont des besoins en eau pour leurs process et le rejet des eaux traitées.
- Tourisme et loisirs : Le fleuve Charente est un atout majeur pour le tourisme fluvial, le canoë-kayak, la pêche, et les activités nautiques. Les lacs et plans d’eau attirent également de nombreux visiteurs. Le Conseil Départemental de la Charente promeut ces activités.
- Production d’eau potable : La gestion de l’eau pour la consommation humaine est une activité économique et de service public primordiale, assurée par des régies ou des opérateurs privés.

III. Les défis majeurs de la gestion de l’eau en Charente : pressions et vulnérabilités
Malgré son abondance apparente, l’eau en Charente est soumise à des pressions croissantes, menaçant son équilibre et sa disponibilité.
La qualité de l’eau : une préoccupation constante
La principale menace sur la qualité de l’eau est la pollution diffuse d’origine agricole.
- Nitrates et pesticides : L’usage de fertilisants et de produits phytosanitaires sur les cultures, notamment les grandes cultures et certaines parcelles viticoles, entraîne des ruissellements qui contaminent les cours d’eau et, de manière plus insidieuse, les nappes souterraines très vulnérables en terrain calcaire. Des zones comme les aires d’alimentation de captage (AAC) sont particulièrement surveillées par l’ARS et la DDT (Direction Départementale des Territoires).
- Micropolluants : Certains résidus de médicaments ou de produits domestiques peuvent également se retrouver dans les eaux via les réseaux d’assainissement. La dégradation de la qualité de l’eau a des impacts directs sur la biodiversité aquatique et la potabilité de l’eau, nécessitant des traitements coûteux.
La gestion de la ressource en quantité : sécheresses et besoins croissants
Le changement climatique et l’intensification des usages mettent sous tension la disponibilité de l’eau, en particulier en période estivale.
- Sécheresses récurrentes : La Charente connaît des épisodes de sécheresse estivale plus fréquents et plus intenses, entraînant une baisse des débits des cours d’eau et une diminution des niveaux des nappes. Les débits de la Touvre peuvent baisser de manière significative en été, malgré leur puissance habituelle.
- Conflits d’usage : Les besoins en eau pour l’irrigation agricole (notamment du maïs), l’eau potable, et le maintien des écosystèmes peuvent entrer en concurrence, surtout en période de faible ressource. La gestion des prélèvements d’eau est un enjeu majeur, nécessitant des arbitrages complexes. Le Plan de Gestion de la Ressource en Eau (PGRE) est l’outil de planification qui cherche à équilibrer ces usages.
- Barrages et retenues : La construction de retenues collinaire pour l’irrigation est un sujet de débat, soulevant des questions sur leur impact sur les débits des cours d’eau et les écosystèmes en aval.
L’altération des milieux aquatiques
- Artificialisation des cours d’eau : Des barrages, des seuils, des recalibrages ou des remblais peuvent perturber la continuité écologique des rivières, empêchant la circulation des poissons migrateurs (anguille, alose) et le transport des sédiments. Le SMBC travaille activement à la restauration de cette continuité.
- Perte de zones humides : Le drainage des marais ou leur urbanisation réduit la capacité naturelle des écosystèmes à filtrer l’eau, à stocker le carbone et à amortir les crues.

IV. Protéger et gérer l’eau en Charente : des actions concertées pour l’avenir
Face à ces défis, de nombreux acteurs en Charente sont mobilisés pour une gestion durable et intégrée de l’eau.
Planification et réglementation : les outils de la gestion intégrée
- Le Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) du bassin Adour-Garonne et les Schémas d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE) locaux (comme le SAGE Charente) définissent les objectifs de qualité et de quantité de l’eau, et les actions à mener. Ils sont élaborés en concertation avec tous les usagers de l’eau.
- La police de l’eau, assurée par l’OFB et la DDT, veille au respect des réglementations sur les prélèvements, les rejets et les aménagements.
Restauration des milieux aquatiques
- Restauration de la continuité écologique : Des travaux sont menés pour effacer les seuils et barrages obsolètes sur les affluents du fleuve Charente, ou pour aménager des passes à poissons. Par exemple, des actions sur la Seugne ou la Boutonne permettent aux poissons migrateurs de retrouver leurs zones de reproduction.
- Renaturation des berges : La replantation de ripisylves (végétation des rives) le long des cours d’eau permet de stabiliser les berges, de filtrer les polluants et d’offrir des habitats pour la faune. Des projets sont en cours sur de nombreux petits cours d’eau charentais.
- Restauration des zones humides : Des acquisitions foncières par le Conservatoire d’espaces naturels ou par le Conseil Départemental permettent de restaurer des marais drainés, de favoriser le bocage ou de créer des zones tampons.
Agriculture durable et réduction des impacts
Le secteur agricole, conscient de son rôle, s’engage dans des pratiques plus respectueuses de l’eau :
- Mesures Agro-Environnementales et Climatiques (MAEC) : Elles incitent les agriculteurs à réduire l’usage des pesticides, à diversifier les cultures, à mettre en place des couverts végétaux en hiver, et à mieux gérer l’azote. La Chambre d’Agriculture de la Charente accompagne les exploitants dans ces démarches.
- Développement de la viticulture durable et biologique : Le BNIC et les viticulteurs charentais sont engagés dans des certifications (HVE, Bio) qui intègrent la protection de l’eau par la réduction des intrants.
- Développement de la gestion de l’irrigation : Des outils d’aide à la décision permettent d’optimiser les apports en eau aux cultures, réduisant les prélèvements.
Sensibilisation et éducation du public
- Les maisons de la nature et les centres d’éducation à l’environnement en Charente proposent des ateliers et des visites pour sensibiliser le public, notamment les jeunes, aux enjeux de l’eau. Des activités pédagogiques autour du fleuve Charente sont régulièrement organisées.
- Des campagnes de communication de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne et des collectivités locales encouragent les économies d’eau au quotidien et les bonnes pratiques.
- Des événements comme la Journée Mondiale de l’Eau sont l’occasion de mettre en lumière les initiatives locales.

Pour résumer : l’eau, trésor essentiel de la Charente, un engagement collectif
L’eau en Charente est bien plus qu’une simple ressource ; c’est un écosystème complexe, un pilier de notre économie, et le reflet de notre engagement collectif pour l’environnement. Face aux défis du changement climatique et des pressions sur la ressource, la Charente a la responsabilité et l’opportunité de s’affirmer comme un territoire modèle en matière de gestion durable de l’eau.
Protéger la qualité de nos rivières et de nos nappes, gérer de manière équilibrée la quantité disponible, et restaurer la richesse de nos milieux aquatiques sont des actions fondamentales. En comprenant l’interdépendance de tous les acteurs, de l’agriculteur au citoyen, et en investissant dans des solutions innovantes, la Charente peut garantir que l’eau, source de vie et de prospérité, continue d’être un bien précieux pour les générations futures. C’est le sens profond d’une Charente verte qui protège ses fondations.

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