Le paysage charentais, avec ses vastes étendues de vignobles, ses champs céréaliers, ses forêts et les méandres paresseux de son fleuve, semble parfois immuable. Pourtant, au cœur de cette campagne généreuse, deux éléments discrets et souvent sous-estimés jouent un rôle absolument vital pour la biodiversité : la mare et la haie. Loin d’être de simples fosses d’eau ou des alignements d’arbres, ces « mini-écosystèmes » sont de véritables poumons de vie, des refuges essentiels et des corridors vitaux pour une multitude d’espèces.
Cet article invite à une exploration de la mare et de la haie charentaises. Nous allons plonger dans la biodiversité foisonnante qu’elles abritent, comprendre leurs rôles écologiques cruciaux, analyser les raisons de leur déclin, et surtout, mettre en lumière les initiatives concrètes qui œuvrent à leur restauration et à leur protection. Parce qu’en Charente, valoriser ces trésors de proximité, c’est inciter chacun – du particulier à l’agriculteur – à devenir acteur de la préservation de notre patrimoine naturel.

I. La mare en Charente : un micro-monde aquatique indispensable
Longtemps associées aux pratiques agricoles ancestrales, les mares sont des points d’eau peu profonds, souvent de petite taille, dont l’existence est directement liée aux eaux de pluie ou à la nappe phréatique. En Charente, leur présence était historiquement indispensable pour l’abreuvement du bétail, le rouissage du lin ou même comme réservoir d’eau en cas d’incendie. Aujourd’hui, leur valeur écologique est inestimable.
1. Une biodiversité foisonnante concentrée
Malgré leur petite taille, les mares sont des concentrés de vie, des oasis dans le paysage rural :
- Les Amphibiens, rois de la mare : Elles sont des sites de reproduction et de vie essentiels pour de nombreuses espèces. En Charente, on y trouve le Triton palmé et le Triton crêté, la Grenouille agile, le Crapaud commun (dont les cordons d’œufs sont si caractéristiques), et parfois la discrète Rainette verte qui aime les milieux arborés à proximité. La mare est leur pouponnière et leur garde-manger.
- Les Insectes Aquatiques, une danse incessante : Les libellules (comme l’élégant Anax empereur ou le plus commun Agrion porte-coupe), les demoiselles, les dytiques (coléoptères aquatiques), les gerris (punaises d’eau qui « marchent » sur l’eau) et de nombreuses larves (moustiques, phryganes) y vivent. Elles sont des maillons essentiels de la chaîne alimentaire et des indicateurs de la qualité de l’eau.
- Une flore aquatique diverse : Nénuphars, lentilles d’eau, potamots, roseaux… ces plantes offrent abri, nourriture et oxygénation.
- Point d’eau pour la faune terrestre : Oiseaux, mammifères (hérissons, renards, chevreuils) viennent s’y abreuver.
2. Rôles écologiques cruciaux des mares
Bien plus qu’une simple flaque d’eau, la mare charentaise rend des services écosystémiques vitaux :
- Réservoir de biodiversité : Elle concentre une diversité d’espèces souvent introuvable ailleurs, agissant comme un « hotspot » écologique local.
- Régulation de l’eau : Elle capte les eaux de pluie, ralentit le ruissellement, limitant l’érosion des sols et contribuant à la recharge des nappes phréatiques. Elle peut également jouer un rôle tampon lors d’épisodes de fortes pluies.
- Filtration naturelle : La végétation et les micro-organismes de la mare aident à filtrer les sédiments et une partie des nutriments (nitrates, phosphates) avant qu’ils n’atteignent les cours d’eau plus importants.
- Connectivité : Elle sert de relais et de point d’étape pour la faune se déplaçant entre des habitats plus vastes, comme des zones humides plus importantes ou des cours d’eau.


3. Le déclin alarmant des mares en Charente
Le XXe siècle a vu la disparition de la grande majorité des mares dans les paysages ruraux, y compris en Charente. Les raisons sont multiples :
- Comblement : L’intensification de l’agriculture a conduit au remembrement des parcelles et au comblement des mares jugées « inutiles » ou « entravantes » pour les machines agricoles. L’urbanisation a aussi grignoté des zones humides.
- Pollution : Les intrants agricoles (pesticides, engrais) peuvent ruisseler vers les mares, dégradant la qualité de l’eau et éliminant la vie qu’elles abritent.
- Absence d’entretien : Sans un entretien régulier, les mares s’envasent et s’envahissent progressivement par la végétation, se transformant en fourrés, puis disparaissant.
- Manque de sensibilisation : La méconnaissance de leur rôle a longtemps conduit à leur négligence.
4. Agir pour les mares : initiatives charentaises
Heureusement, la prise de conscience est là, et des actions concrètes sont menées en Charente pour restaurer et créer des mares :
- Charente Nature : L’association est très active sur le terrain, menant des chantiers de restauration de mares, conseillant les particuliers et les collectivités. Ils peuvent vous guider sur les bonnes pratiques et les espèces à favoriser.
- Le Conseil Départemental : Dans le cadre de la gestion des Espaces Naturels Sensibles (ENS), certaines mares sur ces sites font l’objet de plans de gestion spécifiques pour leur préservation.
- Les particuliers et agriculteurs engagés : De plus en plus de propriétaires recréent ou restaurent des mares sur leurs parcelles, parfois avec le soutien de conseils techniques ou d’aides locales. C’est un engagement fort où les agriculteurs peuvent recréer plusieurs mares pour favoriser les auxiliaires de culture.
- Exemple Concret : Dans le cadre d’un projet de restauration écologique, la Communauté d’Agglomération de Grand Cognac a pu soutenir la création de mares pédagogiques dans certains parcs ou zones vertes, permettant aux écoles locales de découvrir ce patrimoine.

II. La haie charentaise : un mur de vie au cœur du bocage
La haie est un alignement d’arbres et d’arbustes, souvent multispécifique, qui borde les parcelles agricoles, les chemins ou les habitations. En Charente, le maillage des haies vives (par opposition aux clôtures ou aux alignements monospécifiques) est une composante essentielle du paysage bocager.
1. Une biodiversité foisonnante
La haie est un véritable mur de vie, offrant abri, nourriture et connectivité :
- Les oiseaux, habitants privilégiés : De nombreuses espèces d’oiseaux nichent et se nourrissent dans les haies. On y trouve le rouge-gorge familier, les mésanges (charbonnière, bleue), des fauvettes, des linottes mélodieuses (protégées), la pie-grièche écorcheur (dans les grandes haies complexes). Elles sont vitales pour leur reproduction et leur alimentation (baies, insectes).
- Les mammifères, des couloirs de déplacement : Petits mammifères comme le hérisson (précieux mangeur de limaces), la musaraigne, le loir, mais aussi des espèces plus grandes comme le renard, le blaireau ou le chevreuil les utilisent comme chemins sécurisés pour se déplacer entre les différents habitats.
- Les insectes, un rôle sous-estimé : La diversité florale de la haie attire une multitude d’insectes pollinisateurs (abeilles sauvages, bourdons, syrphes) et auxiliaires de culture (coccinelles, chrysopes) qui se nourrissent des pucerons et autres ravageurs. La haie est un garde-manger et un refuge pour eux.
- Une flore diversifiée : Composée d’espèces locales comme le prunellier, l’aubépine, le fusain, le cornouiller sanguin, le chêne, le frêne, le charme, la haie offre une grande variété de floraisons et de fructifications tout au long de l’année.
2. Rôles écologiques cruciaux de la haie
La haie est un élément multifonctionnel du paysage agricole et rural :
- Corridor écologique : Elle relie entre eux des habitats fragmentés (bois, prairies, cours d’eau), permettant aux espèces de se déplacer, de chasser, de trouver des partenaires et de coloniser de nouveaux territoires. C’est un rôle vital dans les paysages ouverts de Charente.
- Brise-Vent et lutte contre l’érosion : Elle protège les sols et les cultures du vent, limitant l’érosion éolienne et hydrique (ruissellement). C’est particulièrement important sur les coteaux.
- Filtration et qualité de l’eau : En ralentissant le ruissellement de l’eau, la haie retient les sédiments et une partie des intrants agricoles (engrais, pesticides) avant qu’ils n’atteignent les cours d’eau, contribuant ainsi à la bonne qualité de l’eau en Charente.
- Microclimat : Elle crée des zones d’ombre et d’humidité bénéfiques pour la faune et la flore, et réduit l’évaporation des sols.
- Auxiliaires de culture : En abritant des insectes pollinisateurs et des prédateurs naturels des ravageurs, la haie participe à la régulation biologique des cultures, réduisant le besoin en traitements chimiques.
- Source de bois et de fruits : Historiquement, la haie fournissait du bois de chauffage, du bois d’œuvre, des fruits sauvages, des paniers…


3. Le déclin des haies en Charente
Comme pour les mares, les haies ont subi un recul drastique :
- Remembrement agricole : Les politiques de remembrement des années 1960-1980 ont favorisé l’arrachage des haies pour agrandir les parcelles et faciliter l’usage des machines agricoles.
- Manque d’entretien ou entretien inadapté : L’abandon ou au contraire une taille trop sévère (type taille « râpe à fromage » ou broyage excessif) dégrade la vitalité des haies et leur capacité à abriter la biodiversité.
- Urbanisation et infrastructures : La construction de routes, de zones d’activités a également fragmenté ou fait disparaître des linéaires de haies.
4. Agir pour les haies : initiatives charentaises
La prise de conscience de l’importance des haies a conduit à un regain d’intérêt et à de nombreux programmes de replantation :
- Le Conseil Départemental : Intègre la préservation et la plantation de haies dans sa politique des ENS et dans le cadre de projets d’aménagement du territoire.
- La Chambre d’Agriculture de la Charente : Accompagne les agriculteurs dans la mise en place et l’entretien de haies, en valorisant leurs rôles agronomiques et environnementaux (brise-vent, auxiliaires, stockage carbone).
- Charente Nature : Sensibilise à l’importance des haies et participe à des chantiers de plantation avec le public et les écoles.
- Prom’Haies : le partenaire expert en Nouvelle-Aquitaine. En complément de ces acteurs, l’association joue un rôle essentiel à l’échelle de la Nouvelle-Aquitaine, et donc activement en Charente. Spécialisée dans la promotion et le développement du réseau bocager, Prom’haies offre une expertise technique précieuse aux agriculteurs, collectivités et particuliers désireux de planter ou restaurer des haies. L’association propose des conseils personnalisés sur le choix des essences locales, adaptées au sol charentais, et accompagne les porteurs de projets dans le montage de dossiers de financement. Leur action vise à reconstituer un maillage écologique dense et fonctionnel, essentiel à la résilience de nos paysages ruraux.
- Exemple Concret : Des collectifs d’agriculteurs du nord Charente ont mis en place des projets de plantation de kilomètres de haies champêtres, soutenus par des bureaux d’études environnementaux, pour améliorer la biodiversité et le microclimat de leurs parcelles. Des communes comme Mainxe-Gondeville s’engagent également dans la replantation de haies le long de leurs chemins ruraux.

III. La synergie Mare-Haie : un maillage écologique indissociable en Charente
La mare et la haie, bien qu’étant des écosystèmes distincts, sont indissociables dans un paysage rural sain. Une mare entourée ou reliée par une haie dense devient un point d’eau d’autant plus efficace :
- La haie protège la mare du vent et du soleil excessif, limitant l’évaporation et le réchauffement de l’eau.
- Elle filtre le ruissellement des eaux de pluie avant qu’elles n’atteignent la mare, réduisant l’apport de sédiments et de polluants.
- Elle constitue un corridor idéal pour les amphibiens, les reptiles et les petits mammifères qui migrent entre la mare (reproduction) et leur habitat terrestre (alimentation, hibernation).
- Elle offre un abri aux oiseaux qui viennent s’abreuver à la mare.
Ensemble, la haie et la mare forment un maillage écologique résilient, augmentant la capacité d’accueil des paysages charentais pour une multitude d’espèces.

IV. Agir au quotidien : chacun peut devenir acteur en Charente
La bonne nouvelle, c’est que la protection et la restauration des mares et des haies sont à la portée de tous, en Charente.
- Pour les particuliers :
- Créer une mare : Même une petite mare de quelques mètres carrés dans votre jardin peut faire une différence énorme. Renseignez-vous auprès de Charente Nature ou de votre collectivité pour les conseils techniques.
- Planter des haies : Privilégiez des espèces locales et variées (aubépine, prunellier, sureau, fusain, charme…). Évitez les tailles trop sévères, surtout pendant la période de nidification des oiseaux (mars à juillet).
- Entretenir sa haie respectueusement : Taillez en douceur et favorisez les arbres têtards ou les cépées (méthodes traditionnelles de gestion du boisement).
- Pour les agriculteurs :
- Intégrez des haies et des mares dans vos pratiques agricoles. Des aides et des conseils techniques sont disponibles auprès de la Chambre d’Agriculture, des coopératives ou des bureaux d’études.
- Valorisez les services écosystémiques rendus par ces éléments naturels : moins de ravageurs, meilleure infiltration de l’eau, biodiversité accrue.
- Pour les communes et collectivités :
- Intégrez la création et la gestion des mares et haies dans les plans d’urbanisme.
- Menez des actions de sensibilisation auprès de vos habitants.
- Donnez l’exemple sur les espaces publics.

Pour résumer : maillage vert résilient en Charente
Les mares et les haies sont bien plus que des éléments pittoresques de notre campagne charentaise. Ce sont des infrastructures écologiques vitales, des réserves de biodiversité et des alliées précieuses face aux défis environnementaux (sécheresse, perte de biodiversité, érosion des sols). Leur restauration et leur maintien sont un enjeu collectif qui nous concerne tous.
En reconnaissant leur valeur et en agissant, chacun à son échelle, nous contribuons à reconstituer le maillage vert et bleu de notre département. Faisons de la Charente un territoire où la vie sauvage trouve sa place partout, du fleuve aux plus petites mares, des grandes forêts aux haies les plus modestes. C’est un investissement dans un avenir plus riche, plus beau et plus résilient pour notre Charente.
Plantons, protégeons, et faisons revivre nos mares et nos haies !

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.